Le teint gris, la peau qui se creuse, le souffle qui manque en montant un escalier, chez le fumeur, le temps semble filer plus vite. Ce n’est pas qu’une impression. Au microscope, les chercheurs ont vu ce que la fumée fait à nos cellules. Elle les pousse dans un vieillissement prématuré que l’on appelle la sénescence cellulaire.
Nos cellules ont un capital de divisions
Le corps se répare en dupliquant ses cellules, une cellule usée est remplacée par une neuve. Mais ce pouvoir est limité. Les fibroblastes, ces cellules présentes dans la peau, les poumons et les tendons, qui fabriquent le collagène, l’armature souple qui tient les tissus fermes et élastiques peuvent se diviser environ 50 à 70 fois, puis s’arrêtent définitivement.
La fumée met les fibroblastes en veille
Une cellule peut aussi vieillir avant l’heure, sous l’effet d’un stress, ultraviolets, radiations… ou fumée de cigarette. On parle de sénescence prématurée induite par le stress. C’est un arrêt stable du cycle cellulaire qui empêche les cellules endommagées ou stressées de proliférer lorsqu’elles sont exposées à des stress internes ou externes. C’est un mécanisme de protection.
Une seule exposition suffit à figer leur multiplication, sans les tuer : la cellule déclenche un frein d’urgence, une cascade de protéines de sécurité chargées d’empêcher toute cellule abîmée de se copier de travers.
Quand l’exposition se répète, jour après jour, comme chez un fumeur, le frein reste bloqué. Les cellules s’aplatissent, s’élargissent, et affichent le marqueur classique du vieillissement, associé à la sénescence. Elles sont vivantes mais inutiles.
Des mitochondries encrassées
Un second mécanisme complète le tableau. Les mitochondries sont les centrales énergétiques de la cellule, ses piles internes. En fonctionnant, elles produisent des déchets agressifs, les espèces réactives de l’oxygène, responsables du stress oxydatif, une véritable rouille interne.
Normalement, la cellule dispose d’un service de recyclage, la mitophagie : elle repère ses mitochondries abîmées et les élimine. La fumée sabote exactement ce mécanisme, les déchets s’entassent autour du noyau de la cellule, le stress oxydatif monte, l’ADN est endommagé, et la cellule bascule dans la sénescence. Cette panne du recyclage a bien été retrouvée dans les poumons de fumeurs chroniques.
Pourquoi tout le corps trinque
Les fibroblastes renouvellent le collagène, participent à la défense antivirale et cicatrisent les tissus. Quand ils entrent en sénescence ils ne réparent plus les micro-lésions du poumon, ce qui contribue à la formation d’emphysème et à la BPCO, parmi les toutes premières causes de décès dans le monde. Dans la peau, le collagène n’est plus renouvelé, elle s’affaisse et se ride.
Pire, ces cellules en veille libèrent des médiateurs inflammatoires qui entretiennent une inflammation chronique de bas grade et contaminent leurs voisines. De proche en proche, le tissu entier vieillit plus vite.
Sources:
-Nyunoya T. et al., « Cigarette Smoke Induces Cellular Senescence », Am J Respir Cell Mol Biol, 2006, 35:681-688
-Ahmad T. et al., « Impaired mitophagy leads to cigarette smoke stress-induced cellular senescence: implications for COPD », FASEB J





