On pense d’abord au poumon. Ce sont pourtant le cœur et les artères qui encaissent le plus vite. Le tabac est à l’origine d’environ 10 % des maladies cardiovasculaires dans le monde, et de quelque 75 000 décès par an en France. Bonne nouvelle, les dégâts sur les vaisseaux sont aussi parmi les plus réparables.
Vos artères ne sont pas des tuyaux
L’intérieur d’une artère est tapissé d’une couche de cellules très fine, l’endothélium. Cette couche est active, c’est elle qui commande l’ouverture ou le resserrement du vaisseau, qui empêche le sang de coaguler sans raison, et qui contrôle ce qui entre dans la paroi. Quand elle fonctionne mal, le reste suit.
Le message qui n’arrive plus
Pour demander à une artère de se relâcher, l’endothélium fabrique une petite molécule, le monoxyde d’azote. C’est un signal très bref, avec trois effets utiles.
- L’artère s’élargit,
- Le sang coagule moins facilement.
- Les globules blancs restent dans la circulation au lieu de s’infiltrer dans la paroi.
La fumée de cigarette est chargée de radicaux libres, des molécules instables issues de la combustion. Elles détruisent le monoxyde d’azote avant qu’il ait le temps d’agir. Le signal n’arrive jamais à destination.
Il y a un second effet, plus inattendu. La fumée dérègle l’enzyme chargée de produire ce monoxyde d’azote, elle se met à fabriquer des radicaux libres à la place. L’outil de protection devient un outil de dégradation.
Le coupable, c’est la combustion
Un point mérite d’être posé clairement, parce qu’il est souvent mal compris : ce qui détruit le monoxyde d’azote, ce sont les produits de la combustion du tabac, radicaux libres, aldéhydes, métaux contenus dans le goudron. La nicotine est la molécule qui rend dépendant. Ce n’est pas elle qui abîme la paroi des artères.
Cette distinction change complètement la façon d’aborder le sevrage.
Sortir de la logique du « tout ou rien »
L’arrêt complet reste l’objectif. Mais pour beaucoup de fumeurs très dépendants, l’arrêt brutal échoue, se répète et s’accompagne de rechutes. Exiger l’arrêt total ou rien revient souvent à n’obtenir rien. La santé publique ne s’adresse pas à des individus idéaux : en France, des centaines de milliers de personnes déclarent avoir arrêté de fumer grâce au vapotage.
Le rapport de l’Anses de 2025 sur le vapotage donne un ordre de grandeur utile : remplacer la cigarette par le vapotage réduit de 80 à près de 100 % l’exposition aux aldéhydes, ces composés issus de la combustion. L’Anses le dit sans ambiguïté, ce n’est pas sans risque, et le recul manque encore. Mais le niveau de risque est très inférieur à celui du tabac fumé.
Or ce sont précisément ces composés qui attaquent le monoxyde d’azote. Réduire l’exposition, c’est réduire l’attaque et pas de façon marginale.
Sources :
- Messner B. & Bernhard D., « Smoking and Cardiovascular Disease: Mechanisms of Endothelial Dysfunction and Early Atherogenesis », Arteriosclerosis, Thrombosis, and Vascular Biology, 2014;34:509-515
- https://www.ahajournals.org/doi/10.1161/ATVBAHA.113.300156 · Anses, expertise sur les produits du vapotage, 2025





