Depuis la mise en œuvre de la Convention-cadre pour la lutte antitabac en 2005, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a joué un rôle majeur dans la réduction de la consommation de tabac. Ce traité, ratifié par plus de 180 pays, a permis des avancées considérables : interdictions de publicité, hausses de taxes, avertissements sanitaires et campagnes de prévention.
Pourtant, deux décennies plus tard, la question de la nicotine divise. L’OMS continue souvent d’assimiler la nicotine à la cigarette, alors que la science distingue clairement la dépendance à la nicotine du danger sanitaire du tabagisme. Cette confusion nourrit des politiques contradictoires où des produits potentiellement moins nocifs sont traités comme le tabac classique.
La nicotine : un amalgame avec les dangers de la cigarette
Les rapports scientifiques, notamment ceux du Royal College of Physicians et de Public Health England, rappellent que la nicotine n’est pas responsable des cancers ou maladies cardiovasculaires. C’est la combustion du tabac qui libère les substances toxiques. Pourtant, lors des conférences préparatoires à la COP10 (2023-2024), l’OMS a maintenu une position prudente, voire hostile, à l’égard de la réduction des risques nicotiniques.
Cette position vise à éviter toute promotion de produits pouvant entretenir la dépendance. Cependant, elle néglige un point essentiel : réduire le risque n’est pas encourager la dépendance, mais limiter les conséquences sanitaires pour ceux qui ne parviennent pas à arrêter.
Les critiques de la communauté scientifique
Des chercheurs comme le Professeur Jean-François Etter ou les membres du Michael Russell Institute dénoncent cette approche rigide. Selon eux, ignorer les différences de dangerosité entre les modes de consommation revient à freiner la santé publique. Leur analyse repose sur un principe simple : toutes les nicotines ne se valent pas, et les produits sans combustion (vape, sachets, tabac chauffé) présentent un risque très inférieur à la cigarette classique.
Cette divergence alimente un débat de fond : faut-il bannir tous les produits contenant de la nicotine, ou plutôt orienter les fumeurs vers ceux qui réduisent les risques ?
Les approches alternatives de certains pays
Le Royaume-Uni, la Suède et la Nouvelle-Zélande ont adopté une politique inverse à celle de l’OMS. Ces pays reconnaissent la vape et les substituts nicotiniques comme des outils de santé publique. Le Royaume-Uni distribue même des kits de vapotage dans ses hôpitaux pour accompagner les fumeurs. La Suède, grâce à l’usage massif du snus et des produits oraux sans fumée, est sur le point d’atteindre le statut de pays “sans tabac” avec moins de 6 % de fumeurs quotidiens.
Ces exemples montrent qu’une stratégie pragmatique peut produire des résultats concrets, sans renoncer à l’objectif final d’un monde sans tabac.
Vers une clarification nécessaire
L’OMS joue un rôle crucial dans la lutte mondiale contre le tabac, mais sa communication gagnerait à distinguer la nicotine du tabac fumé. Maintenir une vision uniforme nuit à l’innovation et entretient la désinformation. La réduction des risques ne contredit pas la prévention, elle la complète.
Les experts appellent donc à une révision du cadre de la FCTC, intégrant les données scientifiques actuelles sur les produits alternatifs. Cela permettrait d’harmoniser les politiques internationales et de sauver potentiellement des millions de vies.
Sources :
WHO Framework Convention on Tobacco Control (FCTC)
Position papers of UK, Sweden, New Zealand on tobacco harm reduction





