Tabac et fractures : pourquoi fumer ralentit la consolidation osseuse

Après une fracture, un plâtre maintient les fragments osseux en bonne position. Mais c’est l’organisme qui les réunit en fabriquant du nouvel os. Ce processus, appelé consolidation osseuse, peut être perturbé par le tabagisme. Moins bien oxygénés et soumis aux substances toxiques de la fumée, les tissus disposent de conditions moins favorables à leur réparation. Les études montrent que les fumeurs sont davantage exposés aux retards de consolidation. 

Comment un os cassé se répare-t-il ? 

L’os est un tissu vivant, parcouru de vaisseaux sanguins et constamment renouvelé. Lorsqu’il se fracture, un saignement local forme un hématome. Des cellules interviennent ensuite pour nettoyer la zone et engager la reconstruction. 

Dans de nombreuses fractures, un tissu provisoire, appelé cal osseux, se développe entre les fragments. Progressivement, il est remplacé par du tissu osseux, puis remodelé. Les ostéoblastes, cellules qui fabriquent l’os, jouent un rôle essentiel dans cette réparation. De nouveaux vaisseaux apportent l’oxygène et les nutriments nécessaires. La consolidation dépend donc à la fois de la stabilité de la fracture et de l’activité biologique des tissus. 

La fumée compromet l’oxygénation de l’os 

La cigarette perturbe cet approvisionnement de plusieurs façons. La nicotine peut provoquer un resserrement des vaisseaux sanguins, ou vasoconstriction, qui réduit la circulation locale. 

Le monoxyde de carbone, produit par la combustion, se fixe sur l’hémoglobine des globules rouges et diminue leur capacité à transporter l’oxygène. D’autres substances, comme le cyanure d’hydrogène, perturbent son utilisation par les cellules. Or, fabriquer du nouvel os demande de l’énergie. Ces effets contribuent à rendre le milieu moins favorable à la consolidation. Le tabagisme agit donc sur un ensemble de mécanismes, et pas uniquement sur la circulation sanguine. 

Les cellules qui reconstruisent l’os sont aussi affectées 

Le tabac perturbe également les cellules responsables de la formation osseuse. Les effets de la nicotine sur les cellules qui fabriquent l’os font notamment partie des mécanismes décrits pour expliquer une réparation plus lente. 

Après une opération, le tabagisme compromet aussi la cicatrisation de la plaie et augmente le risque d’infection. Une fracture opérée nécessite en effet la réparation de plusieurs tissus : l’os, mais également la peau et les tissus environnants. Les difficultés peuvent ainsi se cumuler et prolonger la récupération.

Fracture du poignet : un retard visible à trois mois 

L’étude concernant la consolidation osseuse et le tabagisme publiée dans le Journal of Hand Surgery, a analysé les dossiers de 200 patients opérés d’une fracture du radius près du poignet. Parmi eux, 20 fumaient au moment de la prise en charge. 

À trois mois, seulement 40 % des fractures étaient consolidées à la radiographie chez les fumeurs, contre 69 à 82 % chez les anciens fumeurs et les personnes n’ayant jamais fumé. Dans cette étude, fumer retardait surtout la récupération initiale. Les fumeurs rapportaient aussi davantage de difficultés à utiliser leur membre supérieur. 

Ces résultats soulignent l’importance d’aider les patients à arrêter de fumer. Il est primordial de leur proposer des solutions concrètes pour surmonter le manque, notamment les traitements de substitution nicotinique, plutôt que de s’en tenir à un conseil d’arrêt. Ces traitements facilitent le sevrage et augmentent les chances de réussite. 

Les substituts nicotiniques: une aide à intégrer à la prise en charge 

Après une fracture, la dépendance ne disparaît pas avec la décision d’arrêter. Les patchs, gommes et pastilles nicotiniques atténuent les envies de fumer et les symptômes de manque. Ils apportent de la nicotine sans exposer aux produits de combustion de la cigarette, notamment au monoxyde de carbone qui compromet l’oxygénation des tissus. Rendre ces aides accessibles et adapter leur dosage aux besoins du patient constitue un élément essentiel de l’accompagnement au sevrage. 

Source: 

– The Journal of Hand Surgery Nov, 2019 DOI: 10.1016/j.jhsa.2019.08.017 The Impact of Obesity and Smoking on Outcomes After Volar Plate Fixation of Distal Radius Fractures

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