La réduction des risques doit être le mot d’ordre de la Journée mondiale sans tabac
Chaque année, le 31 mai, la Journée mondiale sans tabac remet la lutte contre le tabagisme au centre du débat public. C’est nécessaire. Mais cette journée ne peut pas se limiter à rappeler que le tabac tue. Nous le savons. Elle doit aussi poser une question plus difficile, plus concrète, et trop souvent évitée : comment aider réellement les fumeurs à sortir du tabac ?
Le tabac reste l’une des premières causes de mortalité évitable dans le monde. Cancers, maladies cardiovasculaires, pathologies respiratoires chroniques : les conséquences sanitaires sont connues, documentées, massives. En France, malgré des progrès encourageants, des millions de personnes continuent de fumer chaque jour.
Selon Santé publique France, la prévalence du tabagisme quotidien est passée de 25 % en 2021 à 18 % en 2024. Chez les 18-29 ans, la baisse est encore plus nette, de 29 % à 18 % sur la même période. Ces chiffres sont positifs. Mais ils ne doivent pas masquer une réalité : pour une partie des fumeurs, l’arrêt brutal ne fonctionne pas. C’est précisément là que la réduction des risques doit intervenir.
La réduction des risques, ce n’est pas renoncer à l’objectif d’un monde sans tabac. C’est reconnaître que tous les fumeurs n’arrêtent pas de la même manière, ni au même rythme. C’est accepter qu’entre la cigarette fumée et l’arrêt complet, il existe des étapes, des outils, des alternatives, des accompagnements. C’est une approche pragmatique : réduire d’abord l’exposition aux substances les plus toxiques, en particulier celles issues de la combustion du tabac, pour permettre ensuite une sortie progressive et durable.
Je parle de ce sujet comme ancien fumeur, mais aussi comme acteur de terrain. Avec Nicotine World, nous avons créé une plateforme d’information pour répondre aux idées reçues sur la nicotine, le tabac et les alternatives. Et depuis 2025, nous avons organisé plusieurs éditions du Forum francophone sur la nicotine, à Paris puis à Genève, réunissant médecins, chercheurs, addictologues, professionnels de santé, décideurs et usagers.
Le prochain Forum, organisé le 9 juin 2026 à Paris,portera sur un sujet central : craving, habitudes et dépendance : repenser le tabac à travers la réduction des risques. Car c’est bien là que se situe l’enjeu. Pourquoi certains fumeurs rechutent-ils ? Comment agir sur les automatismes ? Quels outils fonctionnent réellement ? Comment mieux accompagner sans culpabiliser ?
Les exemples internationaux montrent que cette approche peut produire des résultats. La Suède affiche aujourd’hui l’un des taux de tabagisme les plus faibles d’Europe, notamment grâce à une stratégie plus ouverte aux alternatives sans combustion. Le Royaume-Uni a, lui aussi, intégré le vapotage dans sa politique de sortie du tabac. Ces pays n’ont pas abandonné la lutte antitabac. Ils l’ont rendue plus réaliste.
En France, nous devons sortir d’une opposition stérile entre interdiction et laisser-faire. La vraie question n’est pas de promouvoir tel ou tel produit. La vraie question est de savoir si nous acceptons de donner aux fumeurs adultes des solutions crédibles, encadrées, contrôlées, pour réduire leur exposition au tabac fumé.
Le 31 mai doit être un moment de vérité. Si nous voulons vraiment réduire les cancers, les maladies cardiovasculaires et les décès liés au tabac, alors nous devons placer la réduction des risques au cœur des politiques publiques. Informer, accompagner, encadrer : voilà le triptyque d’une stratégie efficace.
À ceux qui fument encore, je veux dire ceci : ne renoncez pas parce que vous avez déjà échoué. Une tentative ratée n’est pas un échec, c’est une étape. À ceux qui décident, je veux dire ceci : ne privez pas les fumeurs des outils qui peuvent les aider à sortir du tabac.
À ceux qui décident, je veux dire ceci : pensez à ceux que vous aimez. Parmi vos proches, un enfant, un parent, un ami, il y a sûrement quelqu’un qui fume encore. Quelqu’un à qui vous souhaitez longue vie. Quelqu’un dont vous voudriez qu’il s’en sorte. Ce sont eux que vos décisions concernent en premier. Ne les privez pas des outils qui peuvent les aider à sortir du tabac. Car les choix que vous faites aujourd’hui : autoriser ou interdire, encadrer ou exclure, auront des conséquences réelles, concrètes, sur des gens qui vous sont chers. Cette responsabilité est immense. Elle peut aussi être une chance : celle de faire la différence, pour eux, et pour des millions d’autres.
La Journée mondiale sans tabac ne doit pas seulement dénoncer le problème. Elle doit ouvrir la voie aux solutions. Et la réduction des risques en fait partie.
Norbert Neuvy, Fondateur de Nicotine World





