Science et réduction des risques : Une conversation avec le Dr. Bernd Mayer

Le directeur du département de pharmacologie et de toxicologie de l’Université de Graz s’attaque aux biais qui polluent le débat public. Il explique pourquoi la comparaison entre alternatives et « air pur » est une erreur sanitaire et positionne les sachets de nicotine comme l’outil au risque le plus faible de l’arsenal actuel.

D’après vos recherches, quels sont les principaux risques de la nicotine avec ou sans combustion ?

Dr. Bernd Mayer : Les risques de la nicotine consommée sans combustion sont très faibles. Une prise aiguë peut entraîner une légère augmentation du rythme cardiaque, comparable à celle induite par la caféine ou un effort physique modéré. Les données épidémiologiques indiquent que la nicotine seule n’augmente pas le risque cardiovasculaire majeur.

Il est crucial de rappeler que la nicotine n’est pas classée comme cancérigène. Si elle possède des propriétés pro-angiogéniques (formation de vaisseaux) qui demandent de la prudence chez les patients déjà atteints de cancer, elle ne déclenche pas la maladie. Le message central devrait être simple : l’inhalation d’une vapeur ou l’usage d’un sachet est infiniment moins nocif que l’inhalation de fumée issue de la combustion. Malheureusement, la communication publique préfère comparer ces produits à l’air pur plutôt qu’au tabagisme, ce qui désoriente totalement les fumeurs.

De nombreuses études soulignent des problèmes méthodologiques dans la recherche sur ces alternatives. Quels biais influencent le plus la perception du public ?

Dr. Bernd Mayer : Je vois trois défauts majeurs. Premièrement, on agite souvent la peur en citant la présence de substances comme le formaldéhyde ou des traces de métaux sans aucun contexte. Souligner une « présence » sans quantifier le risque par rapport aux seuils d’exposition ou par rapport à la cigarette classique est malhonnête. Dans les aérosols, ces niveaux sont souvent 10 à 1 000 fois inférieurs à ceux du tabac fumé.

Deuxièmement, l’interprétation de la causalité. Le fait que beaucoup de vapoteurs fument encore (double usage) ne signifie pas que le vapotage provoque le tabagisme. C’est le modèle de « responsabilité commune » : certains individus ont une prédisposition génétique ou environnementale à la nicotine. Enfin, trop d’études in vitro (en laboratoire) rapportent des effets nocifs sans jamais inclure la fumée de tabac comme point de référence. Sans ce comparatif, ces résultats n’ont aucune valeur pour une évaluation réelle des risques.

Comment évaluez-vous le potentiel des sachets de nicotine (pouches) par rapport aux cigarettes traditionnelles ?

Dr. Bernd Mayer : Selon les évaluations toxicologiques actuelles, les sachets de nicotine représentent les produits les moins risqués du marché. Leur profil est comparable aux substituts nicotiniques vendus en pharmacie et frôle l’absence totale de risque lié à l’usage.

C’est pourquoi l’interdiction des sachets de nicotine, comme on le voit en France, est une décision incohérente. Maintenir les cigarettes combustibles en vente libre tout en interdisant l’alternative la plus sûre est un non-sens en matière de santé publique et de proportionnalité.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux professionnels de santé encore hésitants ?

Dr. Bernd Mayer : Je les invite à examiner les sources d’information de manière critique, y compris celles des grandes organisations. Plutôt que de rester bloqués sur l’abstinence totale (« arrêter ou mourir »), il est plus constructif d’accepter que de nombreux fumeurs ne veulent pas renoncer à la nicotine. Une stratégie pragmatique doit inclure les alternatives à risque réduit. Si notre but est vraiment de réduire la mortalité liée au tabac, l’acceptation de la réduction des risques est une nécessité absolue.

En Conclusion

Le Pr Bernd Mayer nous rappelle une vérité scientifique fondamentale : dans la lutte contre le tabagisme, l’ennemi est le feu, pas la molécule. Pour Nicotine World, cet entretien souligne l’urgence d’un débat apaisé où les preuves toxicologiques l’emportent sur les postures idéologiques.

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