Des perceptions contrastées selon les pays en Europe

À l’occasion de la Journée mondiale de la santé 2026, consacrée à la recherche, l’analyse des perceptions des substituts nicotiniques en Europe apporte un éclairage utile sur les dynamiques de sevrage tabagique. Une enquête OpinionWay met en évidence des différences marquées entre pays, mais aussi des paradoxes qui interrogent les politiques de santé publique.

Efficacité et accessibilité : un paradoxe européen

Dans plusieurs pays comme la France, l’Italie ou le Royaume-Uni, les patchs et les chewing-gums à la nicotine sont majoritairement perçus comme les solutions les plus efficaces pour arrêter de fumer.

Pourtant, dans ces mêmes pays, c’est la cigarette électronique qui est jugée la plus accessible et la plus facile à utiliser au quotidien :

  • En France, 63 % des répondants associent la cigarette électronique à une forte accessibilité
  • Au Royaume-Uni et en Italie, cette perception est encore plus marquée

Ce décalage entre efficacité perçue et accessibilité soulève une question centrale, les produits les plus faciles d’accès sont-ils aussi ceux qui sont le plus utilisés dans les parcours de sevrage ?

La Suède: un modèle à part

La Suède présente un profil sensiblement différent. Les chewing-gums à la nicotine y sont à la fois perçus comme efficaces et accessibles.

Cette convergence entre efficacité perçue et accessibilité pourrait favoriser leur utilisation effective. Elle suggère qu’un alignement entre perception et usage est un facteur clé dans les stratégies de réduction du tabagisme.

Une perception du risque encore brouillée

Malgré ces différences nationales, certaines tendances sont communes à l’ensemble des pays étudiés.

Une part importante de la population considère encore que la cigarette électronique est plus dangereuse que le tabac : jusqu’à 31 % dans l’ensemble des pays interrogés.

Par ailleurs, une proportion significative des répondants estime que les substituts nicotiniques ont des effets négatifs sur la santé : seuls 42 % considèrent qu’ils sont sans effet négatif, ce qui implique qu’une majorité perçoit un risque

Ces résultats traduisent une confusion persistante dans l’opinion publique, notamment entre les risques liés à la nicotine et ceux liés à la combustion du tabac.

Repenser les perceptions à l’aune du continuum des risques

Les données scientifiques récentes, notamment celles issues des travaux de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, ANSES, invitent à adopter une approche plus nuancée.

Le risque ne se situe pas au même niveau selon les produits. Le tabac fumé demeure de loin le plus nocif, en raison des substances issues de la combustion. À l’inverse, les substituts nicotiniques et les alternatives s’inscrivent dans une logique de réduction des risques.

Cette approche en continuum permet de mieux comprendre les stratégies de sevrage l’objectif n’est pas nécessairement l’absence totale de nicotine immédiate, mais la diminution progressive de l’exposition aux produits les plus dangereux.

Un enjeu de santé publique majeur

Les écarts de perception observés entre pays montrent que l’information joue un rôle déterminant dans les comportements.

Lorsque les produits perçus comme efficaces sont également considérés comme accessibles, leur adoption semble facilitée. À l’inverse, un décalage entre ces deux dimensions peut limiter leur utilisation.

Dans ce contexte, la Journée mondiale de la santé rappelle l’importance d’appuyer les politiques publiques sur des données scientifiques solides, mais aussi de travailler sur les représentations du public.

Mieux aligner perception et usage

L’enquête OpinionWay met en évidence un défi central, aligner la perception des produits avec leur efficacité réelle et leur profil de risque.

Cela suppose :

  • de clarifier les différences entre tabac fumé et alternatives nicotiniques
  • de mieux informer sur les niveaux de risque relatifs
  • d’adapter les stratégies de prévention aux contextes nationaux

À l’échelle européenne, cet enjeu est crucial pour améliorer l’efficacité des politiques de sevrage tabagique et réduire durablement les dommages liés au tabac.

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