Dans cette interview, nous discutons avec Imane Kendili, experte en santé publique et en réduction des risques, particulièrement impliquée dans les enjeux liés au tabagisme et aux addictions.
Elle a joué un rôle clé dans plusieurs initiatives internationales, notamment en Afrique, où elle a contribué à des conférences majeures sur la réduction des risques en santé. Engagée dans la coopération sud-sud, elle prône des approches pragmatiques basées sur la réduction des risques, l’éducation à la santé et l’innovation pour améliorer la santé publique à l’échelle mondiale.
Découvrez avec nous ses perspectives sur la réduction des risques liées au tabac et les stratégies pour une meilleure santé publique.
Selon vous, comment permettre la réduction des risques liés au tabac ?
Alors, ce qu’il faudrait savoir, c’est que la réduction des risques en matière de tabac a déjà commencé il y a un bon moment au Maroc et en Afrique.
Il y a eu la première déclaration de Marrakech en 2022, avec la présence de plus de 60 pays. C’était la première conférence africaine sur la réduction des risques en santé, sous le haut patronage de sa Majesté le Roi, et avec la présence de l’UNESCO et d’autres entités extrêmement importantes.
La deuxième conférence, en 2023, avec l’appui de l’Union africaine et d’Africa CDC, a engagé… C’était la deuxième conférence sur la réduction des risques en santé pour le Global South, avec la présence de 84 pays.
Là aussi, la deuxième déclaration de Marrakech est sortie, mettant la réduction des risques en santé comme une politique de santé publique, non seulement pour l’Afrique, mais aussi pour la coopération sud-sud.
Donc, en ce qui concerne la réduction des risques du tabac, ce n’est pas nouveau. On a eu un premier manifeste, auquel ont participé différents pays depuis plus de 30 ans. Il avait été lancé avec le Washington Post en 2021, à propos de la réduction des risques.
Le premier manifeste sur la réduction des risques. Un deuxième va sortir le mois prochain au Khair, à l’Excon, une très grande conférence où, justement, nous allons parler de réduction des risques au sens large.
C’est-à-dire que cela concerne les two serial killers, c’est-à-dire, en partie, le tabac et le sucre, mais pas seulement. Cela concerne également, on va dire, la réduction des risques en tant que politique publique nécessaire, en matière de changements climatiques, d’enfermements, de sécurité alimentaire, en plaçant la santé comme pivot central. Donc, l’intelligence artificielle et la technologie deviennent des pivots centraux post-COVID.
On sait bien que, pendant le COVID, ce qui a marché, c’est une politique de santé publique basée sur la réduction des risques. Le changement de paradigme fait de la réduction des risques un pivot aujourd’hui sécuritaire et diplomatique, en essayant de ne pas viser la perfection.
On a vu un peu quelles étaient les difficultés, et aussi les limites de certains pays du Nord par rapport aux pays du Sud pendant la pandémie COVID.
Sachant aussi que les différentes entités mondiales, avec le changement climatique et tout ce qui se passe, nous savons qu’on aura à faire à d’autres difficultés sanitaires mondiales. Je pense que la réduction des risques est aujourd’hui un pivot.
Au Maroc et en Afrique, il y a deux déclarations internationales, et nous travaillons sur une charte continentale sur la réduction des risques en santé, incluant toutes les entités.
Au-delà des substituts nicotiniques traditionnels et des alternatives modernes, est-ce que vous voyez d’autres innovations qui pourraient justement aider à la réduction des risques ?
Alors, comme a dit Monsieur le ministre Olivier Véran et nos collègues médecins, le mieux est de ne pas commencer à fumer.
Maintenant, en tant que psychiatres addictologues, sous une autre casquette qui n’est pas politique publique, là, tomber du 3e étage n’est pas tomber du 60e étage.
Donc, si on enlève la combustion et qu’on est dans un paradigme de réduction des risques et d’éducation à la santé, pour des personnes qui sont déjà dans une consommation de cigarettes conventionnelles combustibles, il est clair que tout moyen, pouvant aider à la santé de nos patients, qu’ils aient des pathologies chroniques ou pas, et qui permet en fait aussi le pont entre la consommation de tabac conventionnel et la consommation de nicotine, qui, elle, n’implique pas la combustion de tout ce qui est cancérigène, ça pourrait donner cet alternative qu’on appelle la 4e voie de prévention.
Parce qu’on ne peut pas être dans la loi du tout-ou-rien. L’être humain ne peut pas être dans la loi du tout-ou-rien.





