Interview pour Norbert Neuvy / Journée mondiale sans tabac / 31 Mai 2025

 I – Interview

 

  • Vous vous êtes engagé très tôt dans la lutte contre le tabac, d’abord avec la cigarette électronique. Qu’est-ce qui vous a poussé à soutenir cette alternative, et quel a été votre objectif principal à l’époque ?

 

Mon engagement est profondément personnel, étant moi-même un ancien gros fumeur. J’ai rapidement compris que l’interdiction pure et simple du tabac ne suffisait pas à régler ce fléau, car la dépendance à la nicotine est un phénomène complexe.

Les sachets de nicotine représentaient une avancée majeure car ils permettent aux fumeurs de conserver leur apport en nicotine tout en éliminant la combustion ainsi que les composants nocifs du tabac. Mon objectif principal était donc de devenir une alternative accessible et scientifiquement plus sûre, capable de réduire considérablement les méfaits liés au tabac. 

 

  • Avec Nicotine World, vous avez créé une plateforme d’information autour des alternatives à la nicotine. Comment cette communauté a-t-elle évolué et quel rôle joue-t-elle dans la lutte contre le tabac et la réduction des risques ?

 

Nicotine World est devenue un espace unique où des experts, des professionnels de santé, des usagers et des décideurs politiques peuvent s’exprimer grâce à des interviews et des articles. Cette communauté joue un rôle essentiel pour diffuser une information fiable, scientifique et nuancée, loin des idées reçues et des discours dogmatiques. Elle permet d’éclairer le débat public et d’informer sur des solutions comme les sachets de nicotine.

Cette communauté agit donc comme un levier de changement des politiques publiques, favorisant une réglementation responsable et une meilleure prise en compte de la réduction des risques.

 

  • La Journée mondiale sans tabac est souvent perçue comme culpabilisante par les fumeurs.
    Comment mieux utiliser cette date pour engager un dialogue ouvert et proposer des solutions concrètes aux personnes qui veulent réduire ou arrêter leur consommation ?

 

Cette journée doit être l’occasion d’informer clairement sur ces solutions, de partager des témoignages positifs, et de rappeler que la santé publique progresse grâce à une réglementation équilibrée, à l’image du modèle suédois. 

Les résultats sont impressionnants : la Suède affiche le taux de tabagisme le plus bas d’Europe, avec seulement 5,9 % d’adultes fumeurs, contre 28 % en France. Cette baisse spectaculaire – près de 60 % de réduction des fumeurs en 10 ans – a directement contribué à une diminution significative des maladies liées au tabac, notamment les cancers de la bouche et des voies respiratoires, qui sont deux fois moins fréquents qu’ailleurs en Europe.

Partager ces succès lors de la Journée mondiale sans tabac, c’est montrer que la santé publique progresse quand on adopte des solutions pragmatiques, basées sur la science et la responsabilité.

 

  • Si vous pouviez résumer en quelques mots l’essentiel de votre engagement pour une vie sans tabac, quel message souhaiteriez-vous faire passer aux fumeurs et aux décideurs politiques ?

 

Mon engagement est avant tout guidé par la conviction qu’il existe aujourd’hui des solutions réelles, accessibles et scientifiquement validées pour aider les fumeurs à se libérer du tabac, même lorsque l’arrêt total semble difficile. À travers des échanges comme ceux menés lors du Forum francophone de la nicotine, où nous avons ouvert la discussion avec de nombreux médecins spécialisés ou encore l’ancien ministre de la Santé Olivier Véran, cette conviction se renforce. Je veux dire aux fumeurs qu’ils ne sont pas seuls, et que réduire les risques, c’est déjà protéger leur santé.

Pour les décideurs, mon message est un appel à adopter une approche pragmatique et responsable, inspirée des succès obtenus par des pays comme la Suède. En réglementant strictement les alternatives nicotiniques, comme les sachets de nicotine, tout en interdisant leur accès aux mineurs, il est possible de réduire massivement le tabagisme et ses conséquences sanitaires.

Il faut dépasser les logiques d’interdiction pure qui, en privant les fumeurs de ces outils, Soutenir l’innovation locale, garantir la qualité des produits et encourager l’accès encadré à ces solutions sont des leviers essentiels pour sauver des vies.

C’est par cette voie, fondée sur la science, la réduction des risques et le respect des parcours individuels, que la France et l’Europe pourront atteindre l’objectif d’un continent sans tabac d’ici 2040.

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