Pour commencer, pourriez-vous vous présenter ?
Je suis le Dr DJENADI Baya Amina, pneumologue tabacologue addictologue.
J’ai exercé en tant que pneumologue de nombreuses années puis, quelques années à temps réparti entre les deux services de pneumologie et d’addictologie / tabacologie pour finir par ne faire plus que de l’addictologie tabacologie depuis 2024. Actuellement en poste, au centre hospitalier d’Albi dans le Tarn.
À l’approche de la Journée mondiale du cœur le 29 septembre, on rappelle souvent que le tabac tue par le cœur autant que par les poumons. Qu’est-ce que la médecine nous dit aujourd’hui sur l’impact réel de la combustion sur le système cardiovasculaire ?
Le tabac, sous toutes ses formes et quel que soit son mode de consommation, est nocif.
Le tabac fumé a en supplément la toxicité de la combustion. Cette combustion engendre du monoxyde de carbone (CO), qui a sa propre nocivité, en particulier sur le système cardiovasculaire.
Le CO remplace l’oxygène (O2) dans les globules rouges en se fixant à l’hémoglobine et détériore la qualité du sang qui irrigue les organes ce qui empêche la bonne oxygénation des cellules de l’organisme, y compris celles du muscle cardiaque, pouvant entraîner une souffrance tissulaire. Par ailleurs, il altère la fluidité du sang et endommage la paroi vasculaire.
Plus globalement on peut dire que le CO participe à créer et/ou entretenir un état inflammatoire chronique, pouvant engendrer de nombreuses pathologies, dans tout l’organisme.
Je n’évoque pas là les effets propres à la nicotine, aux composants irritants et aux composants cancérigènes.
Face à des patients lourdement dépendants ou présentant déjà de graves pathologies (cardiaques par exemple), quelle place accordez-vous aux alternatives sans combustion (substituts, vapotage) dans vos protocoles ?
Concernant les patients à forte dépendance et/ou présentant de graves pathologies dont les pathologies cardiovasculaires, le premier réflexe est la proposition de substituts nicotiniques, d’un suivi adapté et également de stages d’ETP. Un accompagnement psychologique peut être très utile voire même nécessaire chez cette population.
Quant à la e-cigarette, si le patient l’a déjà initiée ou souhaite l’initier, je ne l’en dissuade pas tout en lui spécifiant qu’il ne s’agit pas d’un substitut à la cigarette mais d’un outil pour passer du statut de fumeur à celui d’ex fumeur et que son usage devrait être limité dans le temps. Je précise que l’associer aux substituts nicotiniques maximise ses chances de réussite.
Accessoirement, je mets en garde contre le statut du « vapo-fumeur » qui pourrait retarder voire empêcher l’arrêt définitif du tabac.
On sait que les bénéfices de l’arrêt du tabac sont particulièrement rapides. Pouvez-vous nous expliquer comment le système cardiovasculaire récupère après la dernière cigarette ?
Juste après la dernière cigarette, on peut déjà remarquer des bénéfices ;
- Au bout d’environ 20 minutes, la tension artérielle et le rythme cardiaque reviennent à la norme et au bout d’environ 8 heures le monoxyde de carbone est divisé par deux, après environ 24 heures le risque d’infarctus du myocarde commence à diminuer.
- Selon le NHS, après un an sans cigarette, le risque d’infarctus est estimé à environ la moitié de celui d’une personne qui continue à fumer.
Pour terminer, quel message principal souhaiteriez-vous adresser aux fumeurs qui hésitent encore à franchir le pas du sevrage ou de la réduction des risques à l’occasion de cette Journée mondiale du cœur ?
Mon message serait : « une cigarette de moins, ce n’est peut-être pas grand-chose pour vous mais c’est déjà un début pour améliorer votre santé ». Celui de M. LAGRUE : « il n’y a pas d’échecs mais que des réussites différées ».





