La cigarette électronique peut-elle réellement aider les fumeurs à arrêter le tabac ? Et son utilisation dans le cadre du sevrage est-elle sans danger ? Ces questions font depuis plusieurs années l’objet de nombreux débats, aussi bien chez les fumeurs que parmi les professionnels de santé et les autorités de réglementation.
Une récente mise à jour d’une revue systématique évolutive menée selon les méthodes Cochrane apporte de nouveaux éléments de réponse. Son objectif était d’évaluer l’efficacité, la tolérabilité et la sécurité des cigarettes électroniques pour aider les personnes qui fument à atteindre une abstinence tabagique durable.
Une analyse de grande ampleur
Les chercheurs ont examiné les données issues de 80 essais contrôlés randomisés, représentant au total 29 861 participants. Parmi ces études, neuf étaient nouvelles dans cette mise à jour.
Les recherches ont été réalisées dans plusieurs grandes bases de données scientifiques, dont CENTRAL, MEDLINE, Embase et PsycINFO, jusqu’au 1er janvier 2026. Les études sélectionnées comparaient l’utilisation d’une cigarette électronique à différentes alternatives : une cigarette électronique sans nicotine, un traitement de substitution nicotinique, un soutien comportemental ou l’absence de traitement.
Le principal critère étudié était l’arrêt du tabac après au moins six mois. Les chercheurs ont également analysé les événements indésirables, les événements indésirables graves, ainsi que plusieurs indicateurs liés à l’exposition aux substances toxiques et à l’utilisation à long terme des différents produits.
La cigarette électronique avec nicotine semble plus efficace que les substituts nicotiniques
L’un des principaux résultats de cette revue concerne la comparaison entre les cigarettes électroniques contenant de la nicotine et les traitements de substitution nicotinique, comme les patchs ou les gommes à mâcher.
Les données disponibles, considérées comme présentant un niveau de certitude élevé, montrent que les cigarettes électroniques contenant de la nicotine augmentent les chances d’arrêter de fumer par rapport aux substituts nicotiniques. Concrètement, cela pourrait représenter environ quatre personnes supplémentaires ayant réussi à arrêter de fumer pour 100 utilisateurs.
Ce résultat est particulièrement important, car l’arrêt du tabac reste difficile pour de nombreuses personnes malgré l’existence de traitements reconnus et d’un accompagnement médical.
Les cigarettes électroniques contenant de la nicotine semblent également probablement plus efficaces que celles ne contenant pas de nicotine. Selon les résultats analysés, leur utilisation pourrait permettre à environ deux personnes supplémentaires sur 100 d’arrêter de fumer.
Des taux d’arrêt du tabac probablement plus élevés avec la vapoteuse contenant de la nicotine
La revue s’est également intéressée aux personnes utilisant une cigarette électronique contenant de la nicotine, comparées à celles bénéficiant uniquement d’un soutien comportemental ou ne recevant aucune aide particulière.
Les résultats suggèrent que les taux d’arrêt du tabac pourraient être plus élevés chez les utilisateurs de cigarettes électroniques contenant de la nicotine. Toutefois, le niveau de certitude de ces données est plus faible, notamment en raison du risque de biais présent dans certaines études.
Autrement dit, les résultats sont encourageants, mais ils doivent être interprétés avec davantage de prudence que ceux concernant la comparaison avec les traitements de substitution nicotinique.
Une sécurité à court terme globalement rassurante, mais des incertitudes subsistent
La question de la sécurité de la cigarette électronique est essentielle. Les chercheurs ont donc analysé les événements indésirables et les événements indésirables graves survenus dans les différents groupes.
Globalement, les événements indésirables graves étaient rares dans l’ensemble des études. Les données disponibles indiquent que leur fréquence est probablement similaire entre les personnes utilisant une cigarette électronique contenant de la nicotine et celles utilisant un traitement de substitution nicotinique.
De même, aucune différence claire n’a été observée concernant les événements indésirables entre les cigarettes électroniques avec nicotine et celles sans nicotine. Les résultats ne montrent pas non plus de différence nette entre la cigarette électronique avec nicotine et les substituts nicotiniques.
En revanche, certaines données suggèrent que les utilisateurs de cigarettes électroniques contenant de la nicotine pourraient être davantage exposés à des événements indésirables non graves que les personnes recevant uniquement un soutien comportemental ou aucune aide. Toutefois, le niveau de certitude de ces résultats reste faible.
Les chercheurs soulignent donc qu’aucun signal clair de dommage grave à court terme n’a été identifié dans les études analysées. Cela ne signifie cependant pas que tous les risques à long terme sont connus.
Des recherches encore nécessaires sur le long terme
Malgré l’ampleur de cette revue, plusieurs limites subsistent. Certaines comparaisons reposent encore sur des données imprécises et un nombre insuffisant d’événements pour permettre de tirer des conclusions définitives.
Les auteurs estiment notamment que des essais plus longs et de plus grande envergure sont nécessaires afin d’évaluer pleinement la sécurité de la cigarette électronique sur plusieurs années.
Il est également important de préciser que les études incluses concernaient des cigarettes électroniques réglementées contenant de la nicotine. Ces résultats ne peuvent donc pas être automatiquement appliqués aux produits illicites ou à des dispositifs contenant d’autres substances actives, comme le tétrahydrocannabinol (THC), dont les risques peuvent être différents.
Ce qu’il faut retenir
À ce jour, les données scientifiques disponibles suggèrent que les cigarettes électroniques contenant de la nicotine peuvent constituer une aide efficace pour arrêter de fumer. Les preuves les plus solides indiquent qu’elles sont plus efficaces que les traitements de substitution nicotinique pour favoriser l’arrêt du tabac à long terme.
Les données disponibles sur leur sécurité à court terme sont globalement rassurantes, notamment concernant les événements indésirables graves. Toutefois, des incertitudes persistent quant aux effets d’une utilisation prolongée.
La revue étant évolutive, les chercheurs continuent d’examiner régulièrement les nouvelles études publiées. Les conclusions pourront donc évoluer à mesure que de nouvelles données scientifiques viendront compléter les connaissances actuelles.
Pour les personnes souhaitant arrêter de fumer, ces résultats rappellent surtout qu’il existe plusieurs stratégies de sevrage et que le choix de la méthode la plus adaptée peut dépendre du profil, des habitudes et des besoins de chacun.
Sources :
https://www.cochranelibrary.com/cdsr/doi/10.1002/14651858.CD010216.pub11/full





