Cameroun : une nouvelle stratégie pour réduire les dangers liés au tabac

Le Cameroun face aux enjeux du tabagisme : une opportunité de repenser sa stratégie de santé publique

Le Cameroun se trouve à un tournant crucial en matière de santé publique. Chaque année, environ 4 532 décès sont directement attribués au tabagisme, représentant 1,74 % de la mortalité nationale. Bien que la prévalence du tabagisme reste relativement modérée à 8,9 % (OMS, 2023), les conséquences demeurent préoccupantes. Des maladies comme le cancer du poumon, les pathologies cardiovasculaires ou encore la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) pèsent lourdement sur un système de santé déjà fragile. À cela s’ajoutent des coûts directs et indirects estimés à 85 milliards de francs CFA par an, sans compter les pertes humaines évitables.

Des défis structurels persistants

Le Cameroun a amorcé des actions de lutte contre le tabagisme, notamment à travers la Loi antitabac adoptée en février 2024. Néanmoins, il apparaît nécessaire d’enrichir cette approche en y intégrant des solutions complémentaires, fondées sur la science et l’innovation. Le cadre réglementaire actuel ne prend pas encore en compte les alternatives au tabac à combustion. Une évolution vers une stratégie plus inclusive pourrait permettre d’élargir le champ des réponses disponibles, en s’appuyant sur les principes de la réduction des méfaits du tabac (RMT).

Sensibilisation et éducation : un levier à renforcer

Un effort national coordonné est essentiel pour informer les populations, les professionnels de santé et les décideurs publics sur les solutions existantes. Des campagnes de sensibilisation, fondées sur des données scientifiques robustes, contribueraient à mieux faire connaître les produits de la RMT et à démystifier certaines idées reçues. Il s’agit notamment de distinguer les différents niveaux de risque associés aux produits nicotiniques, afin de permettre des choix éclairés.

Ces campagnes pourraient également intégrer des discussions publiques et des interventions ciblées pour encourager l’adoption de comportements de santé fondés sur la connaissance des risques relatifs.

Promouvoir la recherche locale

Si plusieurs pays africains, comme le Nigéria ou le Kenya, ont amorcé des travaux sur la RMT, le Cameroun gagnerait à intensifier ses recherches locales. Il est essentiel de mieux comprendre les comportements de consommation, les perceptions des produits à risque réduit et les barrières éventuelles à leur adoption. Ces données permettraient d’adapter les politiques publiques aux réalités nationales et de construire des dispositifs d’accompagnement plus efficaces.

Vers une intégration réglementaire des produits à risque réduit

L’intégration de la RMT dans les politiques de santé ne se limite pas à une alternative thérapeutique ; elle implique une révision plus large de l’approche réglementaire, incluant :

  • Un cadre légal différencié entre produits à haut risque et produits à risque réduit.

  • Des mesures de contrôle visant à limiter l’accès des jeunes et des non-fumeurs à ces produits.

  • Un encadrement fondé sur la proportionnalité des risques, en lien avec les recommandations de santé publique.

Le Cameroun, un acteur régional stratégique

Le Cameroun pourrait jouer un rôle moteur en Afrique centrale dans l’adoption de stratégies diversifiées de lutte contre le tabagisme. L’application progressive de la Loi antitabac de 2024 pourrait servir de socle à une politique plus intégrée, tenant compte des innovations et des alternatives disponibles sur le marché. En adoptant une approche scientifique et pragmatique, le pays aurait l’opportunité d’améliorer les indicateurs de santé tout en inspirant ses voisins.

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