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Explorer la réduction des risques liés au tabac : Une conversation avec Dr Charles Gardner

Explorer la réduction des risques liés au tabac : Une conversation avec Dr Charles Gardner

Le potentiel des alternatives à la nicotine

Rejoignez-nous pour une conversation intéressante avec le Dr Charles Gardner, Neurobiologiste du développement et consultant en santé mondiale. Sa longue carrière l’a amené à occuper des postes allant d’une fonction de Boursier scientifique au Congrès américain à celle de conseiller principal à l’Organisation Mondiale de la Santé. Le Dr Gardner nous fait part de son point de vue sur la réduction des risques liés au tabac et sur le potentiel des alternatives à la nicotine pour améliorer les résultats en matière de santé publique.

Pouvez-vous vous présenter ? 

Je m’appelle Charles Gardner et je suis titulaire d’un doctorat en neurobiologie du développement de l’université du Michigan. J’ai été chargé de mission scientifique au Congrès américain, j’ai passé dix ans au Ministère de la Santé et des Services Sociaux. J’ai également occupé des postes d’attaché scientifique et d’attaché de santé à l’ambassade des États-Unis à l’étranger. Plus tard, j’ai rejoint la Fondation Rockefeller en tant que directeur associé pour l’équité en matière de santé et j’ai aussi travaillé comme conseiller principal à l’Organisation Mondiale de la Santé, en me concentrant sur les stratégies de recherche et le système d’innovation en matière de santé au Kenya.

Au cours des 25 premières années de ma carrière, mon travail a principalement porté sur des questions de santé mondiale telles que le VIH, la tuberculose, la dengue, la rage et les maladies infectieuses affectant les enfants de moins de cinq ans dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Malgré ma connaissance du domaine de la lutte antitabac, je ne m’y suis aventuré qu’il y a cinq ans. J’étais réticent à m’engager dans ce domaine en raison du peu d’interventions disponibles au-delà de la stigmatisation et des mesures coercitives telles que les taxes et les interdictions, que je trouvais non-éthiques. Toutefois, aujourd’hui, des alternatives innovantes à la nicotine offrent de nouvelles possibilités pour prévenir les horribles conséquences sanitaires associées au tabagisme.

Quelle est votre vision de la nicotine et de son utilisation comme outil de réduction des risques liés au tabac ? 

La nicotine est une drogue psychoactive. C’est un stimulant léger comme la caféine, qui est la drogue psychoactive la plus utilisée sur terre. Elle augmente la concentration, l’attention, la mémoire et, paradoxalement, réduit le stress et l’anxiété. La nicotine est probablement la drogue la plus étudiée au monde donc les effets psychoactifs que je viens d’énumérer sont des faits connus. 

Aux États-Unis, 80 % des médecins pensent que cette dernière provoque des cancers et des maladies pulmonaires. Des enquêtes montrent que cette fausse idée est répandue au Canada, en Inde et même en Europe. Pourtant, la nicotine ne cause pas de cancer. Les agences internationales de recherche sur le cancer, comme le CIRC et l’OMS, le disent très clairement.

Si nous examinons le snus, pour lequel la Suède a fourni 40 ans de données épidémiologiques, nous constatons qu’elle n’a aucun effet néfaste. En fait, elle pourrait même être neuroprotectrice.

En effet, les personnes qui en consomment quotidiennement ont un taux de risque de Parkinson inférieur de 60 % à celui de la population générale, et il en va de même pour les personnes qui consomment du snus en Suède. Cependant, il n’y a pas beaucoup de recherches à ce sujet.  

Grâce à ses effets psychoactifs, la nicotine est bénéfique pour les personnes atteintes de TDAH, d’autisme, de troubles bipolaires et de schizophrénie. Elle a un effet thérapeutique bénéfique, mais personne dans le domaine de la lutte antitabac ne veut en parler parce qu‘ils sont occupés à la diaboliser depuis des décennies.

Pouvez-vous parler des différences d’efficacité de la nicotine en fonction des différentes méthodes d’administration ? 

Le facteur clé est la pharmacocinétique, c’est-à-dire la manière dont la nicotine atteint le cerveau. Les gommes et les patchs délivrent la nicotine dans le cerveau très lentement avant d’atteindre un plateau, ce qui est probablement l’une des raisons pour lesquelles ils ne sont pas très efficaces pour aider les fumeurs à arrêter de fumer. 

Rappelons que les chances de succès d’une personne qui tente d’arrêter de fumer sans aide sont de 5 % après 30 à 35 tentatives infructueuses. Avec les gommes et les patchs, elles passent à 9 % au lieu de 5 %, mais elles restent peu efficaces. 

Si l’on examine la pharmacocinétique de la cigarette, on constate que la concentration de nicotine augmente très rapidement en quelques secondes avant de retomber. Le système d’administration de la nicotine dans les vapes imite cette méthode d’administration en fonction du type de cigarette. Les vapes à base de nicotine libre le font lentement, ce qui les rend moins efficaces pour le sevrage tabagique. En revanche, les vapes de nicotine à base de sel ont une pharmacocinétique beaucoup plus proche de celle d’une cigarette traditionnelle, ce qui les rend plus efficaces pour aider les gens à arrêter de fumer.

Le snus, qui est populaire en Norvège, en Islande et en Suède, délivre la nicotine lentement, mais il a été démontré qu’il réduisait de manière significative les taux de tabagisme. Il est également considéré comme sûr car son utilisation par voie orale élimine les risques associés au cancer du poumon et aux maladies cardiaques.

Les sachets de nicotine sont, si possible, encore plus sûrs. Au lieu du tabac, ils contiennent de la cellulose biologiquement neutre, de la nicotine et un arôme. Avec une utilisation orale et sans inhalation, ils éliminent le risque de cancer du poumon et de maladies cardiaques. Leur efficacité pourrait également être très proche de celle du snus.

Comment les experts voient-ils actuellement l’introduction de produits à base de nicotine à risque réduit ?

Aujourd’hui, les avis des experts sur les nouveaux produits à base de nicotine sont très partagés. Nombreux sont ceux qui affirment que la nicotine est utilisée pour maintenir les gens dans la dépendance. D’autres affirment qu’il s’agit de produits à risque réduit et de produits à base de nicotine plus sûrs. Ils pensent que nous devrions activement encourager les fumeurs à passer à ces alternatives. Je suis de ce côté. Il y a également un autre groupe de personnes qui restent sur la réserve.

Toutefois, les opinions des experts sont en train de changer. Les personnes qui se trouvaient, selon moi, du mauvais côté changent d’avis. Aussi, les spécialistes de la réduction des risques se font de plus en plus entendre et dénoncent la désinformation généralisée.

Les personnes qui s’opposent à la réduction des risques sont animées d’une volonté idéologique plutôt que d’une volonté fondée sur des preuves. L’objectif de la réduction des risques est d’essayer de réduire les morts horribles. La question est donc de savoir si nous nous concentrons sur cet objectif ou si nous essayons de tuer l’industrie et, en fin de compte, tout ce qui fournit de la nicotine. De nombreuses personnes de l’industrie du tabac veulent faire ce dernier choix, ce qui est un fantasme. 

Je pourrais même être plus extrême et dire : dès que vous savez que quelque chose est meilleur que les cigarettes, vous devez encourager activement les gens à les adopter et ne pas le faire est un homicide par négligence. Pour aller plus loin, si vous découragez activement les fumeurs d’adopter cette alternative, cela constitue en réalité un meurtre de masse.

Quel rôle les professionnels de la santé/les défenseurs peuvent-ils jouer dans la promotion de la nicotine comme alternative, compte tenu de la controverse entourant leur nature addictive ?

Comme je l’ai dit précédemment, la plupart des médecins sont à peine informés sur la nicotine et s’ils pensent que cette dernière provoque le cancer, ils seront réticents à conseiller des alternatives à leurs patients. Nous devons donc commencer par la faculté de médecine : les nouveaux médecins doivent apprendre à parler et à agir avec les patients qui fument des cigarettes et ils doivent savoir comment les conseiller. Ils doivent savoir qu’il existe des alternatives plus sûres. Toutefois, cela ne se fera que dans des décennies, car c’est un sujet très controversé aujourd’hui. 

Nous devons également réorienter nos priorités en matière de recherche et nous concentrer sur les National Institutes of Health des États-Unis, qui financent 85 % de toute la recherche sur la lutte antitabac dans le monde. En effet, quel que soit le biais qu’ils ont, il se répercute sur le reste du monde. 

Actuellement, malgré le fait que 100 % des décès liés au tabac concernent des adultes, seulement 50 % de la recherche cible ce groupe démographique, le reste se concentrant sur les adolescents.

Je pense également qu’au moins 90 % de la recherche se concentre sur la recherche de méfaits et moins de 5 % sur l’exploration des avantages pour la santé des alternatives à la nicotine, y compris l’arrêt du tabagisme. 

« Si vous n’avez qu’un marteau, tout ressemble à un clou », ce qui signifie que si vous ne cherchez que les effets néfastes, vous ne trouverez pas les effets bénéfiques. Nous devons changer cela. 

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